Les premiers rapports sur Xynthia, ses conséquences mais aussi ses causes commencent à être diffusés, comme ici par exemple. Pour rappels, dans la nuit du 27 au 28 février, la tempête Xynthia a balayé plusieurs pays européens, causant de très nombreux dégâts en France, principalement en Charente Maritime et en Vendée. A l’ile de Ré, des rafales de 160 km/h ont été mesurées. Mais les effets de la tempête ont été décuplés par la présence de polders, l’océan reprenant alors en quelques heures des territoires que l’homme croyait s’être approprié depuis quelques siècles. Comble de malchance, cette tempête est survenu lors des grandes marées, ce qui a de nouveau accentué les effets : afin de compenser la baisse de pression atmosphérique, le niveau des océans monte davantage, créant ainsi une surcote, et causant des inondations dès que le niveau des digues est atteint.

Ces inondations ont causé environ 420 000 sinistres, pour un coût de 700 millions € (soit un coût moyen par sinistre de l‘ordre de 1700 €). 22 000 sinistres ont été des dommages matériels de véhicules (pour un coût total de l’ordre de 35 millions €), 69 000 sinistres ont été des dommages de professionnels (pour 255 millions €) et près de 330 000 sinistres ont été des dommages à des particuliers, pour mon montant total de 425 millions d’euros. Le risque inondation est couvert par le régime dit cat nat, instauré par la loi du 13 juillet 1982, qui est obligatoire dans tout contrat de dommages aux biens, et qui couvre tous les dommages causées par une « intensité anormale d’un agent naturel », excepté les tempêtes. Si une commune touchée est classée comme été victime d’une catastrophe naturelle, les habitants peuvent alors faire jouer la garantie. Toutefois, si la commune n’a pas fait de Plan de Prévention des Risques,. Le montant des primes d’assurance affectée par ces catastrophes est fixé par l’Etat, ou plutôt la part de la prime habitation (pour les particulier) qui sera affectée à la couverture du risque, en l‘occurrence 12%: peu importe le risque réel, l’Etat impose un mécanisme de solidarité entre les assurés. Les assureurs touchent ainsi environ 1,3 milliards € au titre de l’ensemble des risques dit cat nat (ce qui inclus la sécheresse ou les mouvements de terrain, en plus des inondations). Les assureurs peuvent également souscrire un contrat de réassurance auprès de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR, possédant une garantie illimitée de l‘Etat) en quote-part, conduisant à un partage pour moitié entre l’assureur et le réassurance. La CCR offre de plus une clause de limitation des pertes, dans le cas où un sinistre couterait plus du double des primes encaissées. Compte tenu du rôle central joué par la CCR, c’est cette dernière qui fournit généralement les statistiques sur les évènements naturels.
Les tempêtes ont fait l’objet d’une extension obligatoire, en juin 1990, dans tous les contrats dommage, avec une couverture qui incluse généralement la grêle et le poids de la neige. La tempête en elle même a causé environ 35 000 sinistres, pour un coût de 700 millions € (soit un coût moyen par sinistre de l‘ordre de 20 000 €). Environ 10 500 de ces sinistres sont liés à des couvertures de véhicules, avec un coût moyen de l’ordre de 5 000 €. 5 500 ont causé des dommages à des professionnels, pour un coût total de l’ordre de 250 millions €, alors que 400 millions ont été affecté à 19 000 sinistres de particuliers. Cette garantie est certes elle aussi obligatoire, mais l’Etat ne propose plus d’intervenir, et ce sont les réassureurs privés qui permettent aux assureurs de se couvrir contre les très grosses tempêtes (on aura en mémoire celles de décembre 1999, dont le montant réévalué atteint les 10 milliards €). Notons que pour couvrir le risque tempêtes, les assureurs collectent environ 1 milliard € par an. Dans le cas de la garantie tempête, la principale source de données est la Fédération Française des Sociétés d’Assurance, qui collecte les données des différentes mutuelles et compagnies d’assurance.
Cet évènement a marqué les esprits non seulement à cause du nombre élevé de victimes, mais aussi car il rappelle deux évènements très similaires. Le premier est survenu dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953, au Pays Bas, où une tempête a traversé le pays à quelques jours des grandes marées (ici). Les digues subirent plus de 400 brèches, et plus de 500 km de digues furent à reconstruire. Mais surtout, 1 836 personnes trouvèrent la mort, ce qui, ramené à la population des Pays-Bas de l’époque (de l’ordre de 10 millions d’habitants), correspondrait – aujourd’hui – à une catastrophe causant la mort de plus de 10 000 personnes en France (ou plus de 60 000 aux Etats Unis). Le second est l’ouragan Katrina qui a détruit la Nouvelle Orléans le 28 août 2005, où le raz de marée qui est survenu au même moment a causé davantage de dégâts que les rafales de vent (pourtant très fort). Ce risque avait été évoqué par des ingénieurs quelques mois plus tôt.
Le parallèle avec Katrina est d’autant plus saisissant que, comme à la Nouvelle Orléans, on retrouve des rapports d’experts qui évoquent la catastrophe quelques mois plus tôt. En particulier, l’idée d’avoir un « Plan de Prévention des Risques de submersion marine dans l’estuaire du Lay sur les communes de La Faute-sur-Mer et de l’Aiguillon-sur-Mer, où la conjonction de deux phénomènes, de crue dans l’estuaire du Lay et de submersion marine, pourrait avoir un impact très important sur les zones densifiées à l’arrière d’un réseau de digues vieillissant. » (ici). A La Faute-sur-Mer, « la rupture des digues sur ce secteur engendrerait des dégâts majeurs aux biens et aux personnes », ajoute le rapport en citant l'exemple des tempêtes Lothar et Martin qui « ont démontré que les zones côtières pouvaient être submergées par la mer, notamment en zone estuarienne ».

(le graphique a été volé sur le site de 20min, ici). En effet, depuis les tempêtes de décembre 99, les tempêtes majeures en Europe sont jugées « rares », mais plus « exceptionnelles ». On a même vu des cyclones tropicaux se diriger vers l’Europe (au lieu de se diriger vers les Amériques) comme la tempête Grace en octobre 2009 (ici). Autrement dit le risque existe. Et comme toujours quand on fait face à un risque, deux solutions se posent à nous : accepter de prendre le risque, quitte éventuellement à transférer la conséquence financière à un tiers (un assureur le plus souvent), ou tout mettre en œuvre pour le réduire (on parlera alors de prévention). Mais encore faut-il toutefois avoir conscience de l’existence de ces risques, en l’occurrence de risques à long terme. Et ce n’est pas essentiel si l’on mène des politiques à court terme.