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Sunday, August 14 2011

Pauvres américains

Pendant nos vacances dans l'Aubrac avec des amis, Christian avait acheté Libé, et machinalement, j'ai entrepris de le survoler le lendemain matin (en sirotant mon café). Je suis tombé sur le paragraphe suivant qui a retenu mon attention pendant plusieurs jours...

L'auteur n'est pas n'importe qui, puisqu'il s'agit de Kenneth Rogoff (ici), grand spécialiste de l'économie américaine. Relisons la phrase afin de mieux comprendre ce qu'il dit: pour "25% des propriétaires immobiliers aux États-Unis" [...] "la valeur de leur maison serait inférieure à leur crédit immobilier" 1. Je me permettrais de réécrire la phrase sous la forme suivante "pour un quart des propriétaires immobiliers américains n'ayant pas fini de rembourser leur crédit, la vente de leur maison ne leur permettrait pas de rembourser leur crédit" (c'est en tous les cas comme ça que je la comprends).
Cette petite phrase pourrait être intéressante, En tous les cas, elle semble importante dans l'argumentation visant à expliquer que les américains sont beaucoup trop endettés2. Mais 25%, en quoi est-ce vraiment exceptionnel ou incroyable voire inquiétant ? C'est quoi le pourcentage acceptable ou normal que l'on s'attendrait à avoir ?
N'ayant pas de statistiques sur le sujet, faisons des calculs.
  • un peu de calcul d'actualisation de crédits
Car intuitivement, si un acheteur emprunte avec un faible apport, et sur une longue durée, son crédit va lui coûter cher, éventuellement plus cher que la maison. Au moins au début. Car avec le temps, la valeur du crédit diminue, alors que le prix de la maison, habituellement, augmente.
Considérons une maison de valeur 1 (a l'achat, histoire de simplifier, et de raisonner en pourcentage pour l'apport initial, par exemple). On dispose d'un capital initial http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-03.gif (correspondant à l'apport), on contracte un crédit pour une durée http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-02.gif, et on suppose que le taux pour le crédit est http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-04.gif, et que le taux d'inflation est http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-06.gif (la valeur de la maison peut augmenter dans le temps, mais aussi éventuellement baisser si la valeur de http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-06.gif est négative). A la date http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-01.gif, à son actif, le propriétaire possède la maison, d'une valeur http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-09.gif (ce qu'il touche s'il revend la maison, si l'on oublie les frais associés); et au passif, il doit rembourser à la banque un montant http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-08.gif, où http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-07.gif est le montant des remboursement effectues tous les ans, i.e. solution de
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-11.gif
Si on veut faire les choses proprement, il faudrait intégrer les frais de notaire (disons 7% de la valeur de la maison), ici notés http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-10.gif,
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-12.gif
La valeur de la maison est inférieure à la valeur du crédit si
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-13.gif
(les frais de notaires étant payés à l'achat comme on l'évoquait auparavant, mais aussi en cas de revente3). On peut faire le calcul facilement, sous R,
valeur = function(t,T,a,r=.05,i=0,delta=.07){
k=(1-a+delta)/sum(1/(1+r)^(0:(T-1)))
s=(1+i)^t
v=(T-t)*k
return(c(s*(1-delta),v))}
Par exemple, si http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/credit-01.gif est nul, on compare la valeur du crédit à la valeur de la maison au moment de l'achat. Pour quelqu'un ayant un apport de 25%, prenant un crédit avec 20 échéances (sur 20 ans) que l'on commence à rembourser le jour de la signature, la valeur de son crédit (sur une somme empruntée de 0.75) est de 1.2533, environ, si le taux de crédit est de l'ordre de 5%. C'est plus que la valeur (brute) de la maison (ici 1), voire beaucoup plus que ce que rapporterait la revente la maison, qui rapporterait 0.93, ce qui ne lui permet pas de rembourser le crédit....
> valeur(0,20,.25,.05,0)
[1] 0.9300 1.2533
Sur la même durée, vu après la 5ieme échéance (i.e. au bout de 25% des échéances) avec toujours un apport initial de 25%, la valeur du crédit restant à payer à la banque est de l'ordre de 0.94, c'est à dire à peu de choses près, la valeur de revente de la maison s'il n'y a pas d'inflation (ou de perte de valeur du bien immobilier).
> valeur(5,20,.25,.05,0)
[1] 0.9300000 0.9399846
Autrement dit, dans un monde avec une inflation nulle, avec des cohortes d'acheteurs constantes dans le temps, qui prendraient des crédits de 20 ans avec un apport de 25% de la valeur de la maison, 25% des emprunteurs ont, en moyenne, un crédit à rembourser supérieur à la valeur de revente de leur maison, comme le dit l'article. Cette proportion augment
  • quand les taux d'emprunt augmentent
  • quand la durée des emprunts augmente
  • quand l'apport initial diminue
Mais on peut essayer de visualiser tout ça,
  • visualisation des valeurs du crédit, et de la maison
dessin=fonction(T=20,a=.333,r=.05,i=.02,delta=.07){
S=V=rep(NA,T)
for(j in 1:T){
S[j]=valeur(j-1,T,a,r,i)[1]
V[j]=valeur(j-1,T,a,r,i)[2]}
YL=range(S,V)
plot(1:T-.5,V,type="b",col="red",ylim=YL)
lines(1:T-.5,S,col="blue",type="b")
}
Comme on le voit sur le dessin ci-dessous, la proportion des acheteurs dont la valeur du crédit excède la valeur de la maison est d'environ 20% (même avec un apport non négligeable, ici un tiers, et une inflation non nulle, ici 2%). On le voit sur le graphique ci-dessous, avec en bleu la valeur de la maison, et en rouge, la valeur du crédit,

On peut d'ailleurs faire varier les différents paramètres, comme le taux d'emprunt, avec une baisse (passant de 5% à 3%),

ou avec une hausse (passant de 5% à 7%),

On peut aussi faire varier l'apport initial (passant à 50%),

On peut enfin supprimer l'inflation, et supposer que le prix de la maison n'augmente pas vraiment...

Moralité? 25% semble effectivement important, trop important (pour une économie en bonne santé). Mais il ne faut pas se leurrer, car un pourcentage raisonnable (ou viable) semblerait être davantage aux alentours de 15% que de 0%.
  • du crédit immobilier au crédit automobile
Et cela dit, 25% serait un pourcentage relativement faible si on regardait non pas les crédit immobiliers, mais les crédit automobiles. Car par rapport à la situation précédente, on est dans un cas où les taux sont élevés, et où la valeur du bien ne cesse de se dégrader. Par contre la durée est souvent plus courte. Une déflation de 10% n'est peut-être pas la meilleure modélisation qui soit de la perte de valeur du véhicule, mais en première approximation, ça devrait convenir,,,
Graphiquement, on a

Bref, dans le cas du crédit auto (où l'acheteur achèterait intégralement à crédit), dans une situation normale entre 70% et 80% des acheteurs de voiture à crédit sont dans une situation où la revente de leur voiture ne permettrait pas de rembourser leur crédit... Ne faudrait-il pas s'en inquiéter également ? Acheter à crédit un bien dont la valeur ne cesse de baisser, n'est-ce pas dangereux ?

1 au début de l’été, en discutant avec des couples d'amis, dont deux venaient d'avoir des postes de profs à l'autre bout de la France (et qui devaient revendre leur maison), j'ai été surpris de voir que quand ils parlaient de "ne pas perdre d'argent lors de la revente", ils valorisaient la maison à partir du prix initial, auquel ils ajoutaient les frais de notaires, mais oubliaient le coût du crédit.
2 je me contenterais ici de discuter ce chiffre de 25%, et non pas de savoir si c'est grave que la revente de la maison ne permette pas de rembourser le crédit.
3 je préfère prendre en compte ces frais, car sinon, comme je l'avais déjà évoqué ici, l'achat d'une maison semble toujours une opération gagnante.

Sunday, June 5 2011

Mal calculer les probabilités tue les probabilités

Suite à un tweet d'Olivier, j'ai découvert avec stupéfaction l'article paru dans Libé sur le risque nucléaire (ici).

On apprend que la probabilité d’accident majeur est d’environ 0.0003 0,0003 par an pour chaque réacteur. Or l'Europe possède 143 réacteurs et donc, sur 30 ans, la probabilité d'un incident majeur est
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-05.gif
et les auteurs de l'article concluent que "la probabilité d’occurrence d’un accident majeur sur ces parcs serait donc [...] de plus de 100% pour l’Union européenne"

Etienne Ghys a déjà - brillamment - discuté ce chiffre avant hier (ici). Le soucis est que si http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-02.gif est la proba annuelle d'incident par an et par réacteur, en supposant les centrales indépendantes, la probabilité d'avoir un incident sur http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-3.gif réacteurs sur une durée de http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-04.gif années est
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-01.gif
Comme http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-02.gif est supposé petit, un développement limité donnerait
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-06.gif
Malheureusement, dans les développements limités de ce genre, s'il faut que http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nucle-02.gif soit petit, encore faut-il que la puissance ne soit pas trop grande....
En fait, si on retient que pour un réacteur nucléaire à eau pressurisée (REP) tels ceux exploités en Europe de l’Ouest, le risque de fusion du cœur est estimé à 0.00005 par centrale et par an (en reprenant les estimateurs mentionnés sur wikipedia, ici), la vraie probabilité d'avoir un incident majeur en Europe serait plutôt de l'ordre de
http://freakonometrics.blog.free.fr/public/perso3/nuclea-07.gif
(avec une probabilité 10 fois supérieure, Etienne arrivait à 72%). C'est marrant car cette erreur commise en croyant qu'un développement limité serait légitime quand on utilise des probabilité annuelle sur des horizons plus longs était évoqué ici il y a un an jour pour jour, sur des problèmes d'actualisation....

Tuesday, December 7 2010

Taux et actualisation

Cet matin, Martin Vidberg mettait en ligne un dessin parlant d'actualisation (ici).Si j'ai bien tout suivi, c'est lié à une déclaration de Cantonna qui vient enfin de comprendre la première phrase  du cours d'économie monétaire 101 (qui dit que la confiance est la clé de voute du système monétaire).

Pour la petite histoire, il semble qu'il y ait 46 millions de livret ouverts (selon wikipedia, ici) pour un encours total de 139,2 milliards € l'an dernier (selon Les Echos, cité ici). A la louche ça fait un encours moyen par livret de l'ordre de 400 euros. Mais ayant souvent des interrogations sans grand intérêt, je me demandais si je pouvais retrouver ce 11€30 mentionné par Martin. Le hic est que le taux a changé le 1er août, passant de 1,25% (taux annuel) à 1,75%. Alors parmi les autres informations importantes, les intérêts du livret sont calculés par quinzaine de jours, et selon wikipedia "comme le taux est annuel et que les intérêts ne sont pas capitalisés durant l'année, il convient de diviser ce taux par 24 pour calculer les intérêts générés pendant une quinzaine." Je ne suis pas sûr d'avoir compris la formule, donc je vais raisonner comme si les intérêts calculs sur une semaine était recapitalisés, c'est à dire qu'on fait comme si le 1er et le 15 du mois, on retire ses sous pour ensuite les replacer immédiatement (avec les intérêts de la quinzaine précédente). Bon, on peut déjà noter que les intérêts calculés sur un an sont compris entre les deux grandeurs suivantes

> 775*0.0175
[1] 13.5625
> 775*0.0125
[1] 9.6875

(pour le moment tout va bien). Ensuite, on a la formule actuarielle, qui serait (car du 1er janvier au 1er août, on compte 14 quinzaines, et du 1er août au 1er janvier suivant, on en compte 8 - je renvois au commentaire d'Olivier qui m'a fait noté que j'avais du mal avec les soustractions avec retenues, ici). En fait, wikipedia propose une formule approché (on fait un développement limité au premier ordre),ce qui donne, numériquement,

> 775*((1.0125)^(14/24)*(1.0175)^(8/24)-1)
[1] 10.16382
> 775*((1+.0125*14/24)*(1+.0175*8/24)-1)
[1] 10.20484

Bref, je serais plutôt aux alentours de 10€16... Mais j'ai probablement raté quelque chose... donc si quelqu'un a une autre méthode, je suis preneur...

Mais comme me le faisait noter Olivier (ici),il faut ajouter 10 à 14 pour arriver à 24 (et pas 8, sinon j'actualise aujourd'hui)... ce qui finalement donne la même chose que Martin,
> 775*((1.0125)^(14/24)*(1.0175)^(10/24)-1)
[1] 11.29976
> 775*((1+.0125*14/24)*(1+.0175*10/24)-1)
[1] 11.34329
On notera d'ailleurs qu'en attendant la fin du mois pour toucher ses intérêts, on touchera un peu plus d'un euro de plus... (les 8 semaines nous ramènent à un retrait ce soir).

Wednesday, August 4 2010

Propriétaire ou locataire ?

Il existe une mythologie aujourd'hui bien ancrée, consistant à penser qu'il faut être propriétaire de son logement. C'est d'ailleurs le message que l'État (c'est à dire nous tous) véhicule sur différentes affiches, comme celle à droite. Tout le monde a déjà entendu l'adage prétendant que "payer un loyer, c'est jeter de l'argent par les fenêtres"....mais personnellement, j'ai l'impression que rembourser un crédit, c'est aussi '"jeter de l'argent par les fenêtres". Dans le premier cas, c'est le propriétaire qui est derrière la fenêtre, alors que dans le second cas c'est une banque (mais aussi un notaire, et l'état qui récupère beaucoup d'impôt).
Visiblement, l'État semble avoir pris le parti qu'enrichir les propriétaires, c'est mal, alors qu'enrichir son banquier c'est bien...  Peut être est-ce mieux dans l'intérêt collectif (car c'est le but ultime de l'État me semble-t-il) d'être tous propriétaires ? Mais qu'en est-il de l'intérêt individuel ? Ai-je vraiment intérêt à préférer être propriétaire plutôt que locataire ?
On peut essayer de faire un petit modèle simple, voire simpliste... Considérons quelqu'un possédant un apport personnel de 100 000 € (je mets des sommes rondes pour simplifier le modèle), et souhaitant loger dans une maison qui vaut 300 000 €. Il a deux possibilités,

  • devenir propriétaire du bien
  • être locataire du bien (on suppose que le choix est possible pour le même bien)
Dans le premier cas, on va supposer que qu'il est possible d'avoir un crédit sur 20 ans pour un taux de 5,5%. On va supposer qu'il y a 10% de frais d'acquisition, entre l'agent immobilier et le notaire. On oubliera les charges annuelles en tant que propriétaire, et les éventuels crédit d'impôt sur les intérêts.
Dans le second cas, il paye un loyer de 1 000 € par mois, éventuellement revalorisé (+2% par an par exemple), mais il a la possibilité d'épargner (en plus de capitaliser ce qui constituait l'apport initial s'il achetait).
En fait, dans les deux cas, il épargne. On peut partir du fait qu'il a 2 000 € à allouer au logement (ce montant peut également être revalorisé). Dans le second cas, il peut épargner 1 000 € par mois, et dans le premier, la différence entre les mensualités qu'il doit à la banque et les 2 000 €. On suppose que les taux de placement sont à 4,5%. 
Au bout de 15 ans, la maison vaut 500 000 €. Notons que la revalorisation à 2% est plus faible que la croissance de la valeur du bien (passer de 300 à 500 en 20 ans correspond à une valorisation annuelle de 2,5%). Le propriétaire a-t-il vraiment fait une bonne affaire ?
> capital=100000
> revenu =2000
> loyer  =1000
> i1     =.055
> i2     =.045
> i3     =.02
> T      =20
> maison1=300000
> maison2=500000
> mensualite=(maison1*1.1-capital)/sum((1+i1)^(-(1:(T*12))/12))
> mensualite
[1] 1564.789
> (1+i3)^T
[1] 1.485947
> locataire    = capital*(1+i2)^T+sum((1+i3)^((1:(T*12))/12)*(revenu-loyer)*(1+i2)^((1:(T*12))/12))
> proprietaire = maison2+sum((revenu-mensualite)*(1+i3)^((1:(T*12))/12)*(1+i1)^((1:(T*12))/12))
> locataire
[1] 728274.5
> proprietaire
[1] 738245.5
> (proprietaire-locataire)/proprietaire
[1] 0.01350635
Autrement dit pour être propriétaire, les mensualités sont de 1 564 € par mois (constantes), alors que le locataire aurait eu un loyer de 1 000 € initialement, revalorisé de 2%  par an, soit 1 485 € par mois sur la fin. Bref, au final, le locataire, qui a mis 1 000 € par mois (revalorisés là aussi à 2%) se retrouve à la tête de 728 milliers € alors que le propriétaire a vu son bien se valoriser (et atteindre 500 milliers €), mais il a également pu épargner un peu. Bref, il se retrouve à la tête d'un patrimoine de 738 milliers €. Ce qui est comparable.... Moralité, on jette autant d'argent par les fenêtres dans les deux cas, mais du point de vue de la personne qui loge dans l'appartement, ça se vaut...
Mais au delà des montants, on peut surtout étudier l'impact des différents paramètres....
Le graphique ci-dessous montre l'impact du capital initial: s'il est trop faible, être locataire est beaucoup plus intéressant,

(les ordonnées positives signifie que la richesse en tant que propriétaire excède celle que l'on aurait en tant que locataire). Autrement dit, avec un faible capital initial, il sera coûteux de devenir propriétaire. Ici, il faut disposer d'au moins 1/3 du prix de la maison en apport. Mais grosso modo, plus on est riche, plus on peut avoir intérêt à devenir propriétaire. On peut aussi regarder l'impact du taux d'emprunt,

(où l'on retrouve que si le taux d'emprunt est trop élevé, je n'ai aucun intérêt à emprunter) ou encore du revenu que l'on souhaite allouer au logement,

Pour comparer l'impact de la durée, on va supposer que la valorisation du loyer et du salaire reste à 2%, mais que la valorisation du bien immobilier est de 2,5% par an.

Certes, le locataire épargne moins sur une durée courte, mais le locataire a de telles mensualités à payer qu'il vaut mieux épargner. Bon, bien sûr la difficulté est de supposer qu'on peut faire varier ces paramètres indépendamment les uns des autres, mais j'ai l'impression que cela permet de  mieux comprendre qui peut être intéressé pour devenir propriétaire.... en l'occurrence ceux qui ont le temps, et ceux qui ont de l'argent....
Bref, je laisse ceux qui le souhaite améliorer le modèle car il est ici très (trop ?) simpliste... même s'il laisse à penser que le choix d'acheter ou de louer n'est pas aussi simple qu'il y paraît, loin de là.....

Tuesday, June 1 2010

Fibonacci: des lapins à l'actualisation


Depuis qu'on peut facilement commander des livres d'occasion outre-atlantique, j'avoue en abuser un peu... La dernière commande que j'ai faite est le "origins of value" de édité par William Goetzmann et Geert Rouwenhorst. Cet ouvrage, qui est une compilation d'articles d'histoire de la finance, contient un chapitre passionnant sur Leonardo Pisano alias Fibonacci. Pour remettre dans le contexte, Fibonacci vivait il y a fort fort longtemps, autour de 1200 (300 ans avant la renaissance et Léonard de Vinci). Je peux renvoyer ici par exemple pour une analyse de quelques uns de ses ouvrages.
Pour moi, Fibonnaci, c'était l'histoire de la reproduction des lapins, c'est à dire, l'étude des suites récurrentes pour ceux qui se souviennent de leurs cours de lycée, avec des suites de la forme
http://perso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/latex/fibo-001.png
Le problème que l'on cherche à résoudre - posé par Fibonacci - est "partant d'un couple, combien de couples de lapins obtiendrons-nous après un nombre donné de mois sachant que chaque couple produit chaque mois un nouveau couple, lequel ne devient productif qu'après deux mois ? ". Pour ceux qui se souviennent de la résolution, l'équation charactéristique de cette relation de récurence est un polynôme de degré 2,
http://perso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/latex/fibo-002.png
dont les solutions sont
http://perso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/latex/fibo-003.png
et
http://perso.univ-rennes1.fr/arthur.charpentier/latex/fibo-004.png
Le premier nombre est souvent connu comme étant le nombre d'or (ici). Bref, Fibonacci a été recyclé abondamment par l'utilisation ésotérique de cette racine de polynôme de degré 2. Aussi, lorsque j'ai vu évoqué le nom de Fibonacci dans cet ouvrage de finance, j'ai eu peu peur, d'autant plus que certaines personnes faisant de l'analyse chartiste utilisent ce nombre d'or (comme l'évoque rapidement certains site, comme http://www.forexfibonacci.com/ ou http://www.fibonaccitrader.com/). Aussi, parler de Fibonacci en finance, c'est un peu comme parler de Nostradamus dans les modèles de prévisions.

Que nenni mon ami ! Fibonacci est l'auteur d'un  Liber Abaci, correspondant à un livre des calculs. En fait, Leonardo s'est énormément inspiré des mathématiques arabes, alors que la norme était plutôt l'arithmétique romaine. Pour ceux qui ont essayé un jour dans leur vie de lire des nombres latins (même dans Astérix), la logique est assez déroutante ! Par exemple 888 s'écrit DCCCLXXXVIII... Essayez avec cette écriture de poser une addition ! Les nombres arabes - eux - utilisaient le système décimale, ce qui a fait gagné énormément de temps de calcul (on peut aussi remonter à l'arithmétique indienne, mais on sort largement du cadre de mon billet). Fibonacci évoque d'ailleurs constamment l'utilisation de la règle de trois (sans l'appeler ainsi, j'étais revenu ici sur l'origine de cette règle).
Dans son livre d'arithmétique des nombres arabes, Fibonacci montre une application intéressante: le calculs d'actualisation et des marges commerciales. William Goetzmann reprend tout cela dans un article publié en 2003, " Fibonacci and the Financial Revolution" en ligne ici. Il faut aller pour cela dans le chapitre 12 du Liber Abaci, où Fibonacci parle de partage du profit (ce que nous appellerions l'allocation de capital, et que l'on retrouve dans les travaux sur les jeux coopératifs, en particulier les travaux de Shapley), mais aussi d'actualisation de flux futurs, et surtout, de réflexions sur la différence entre un taux annuel et un taux trimestriel. La version en anglaise est la suivante

ou encore

Dans la version originale, cela donne

Quand on pense qu'auparavant l'arithmétique se faisait en chiffre romain, et n'autorisait pas de raisonnements aussi subtils, on peut légitimement penser que Fibonacci est révolutionné le calcul actuariel (certes, en se contentant de traduire des textes arabes). Si on cherche à remonter encore dans le temps, on peut également citer un mathématicien indien, Brahmagupta, ब्रह्मगुप्त, vers 650, qui semble également avoir beaucoup inspiré Fibonacci.

Friday, July 3 2009

"les gens" et l'actualisation

Un article passionnant dans le NBER (ici), cité aussi, sur la façon dont "les gens" font des calculs d'actualisation. Je parlais ici de l'absence de culture économique, mais c'est encore pire que ce que je croyais... à 1000 américains*, la question suivante a été posée

You purchase an appliance which costs $1,000. To pay for this appliance, you are given the following two options:
a) Pay 12 monthly installments of $100 each;
b) Borrow at a 20% annual interest rate and pay back $1,200 a year from now.
Which is the more advantageous offer?

Les résultats sont éloquents,

timev

J'ai mis un lien vers le tableau complet, pour montrer que les résultats étaient également uniformes en fonction de l'âge...

* histoire d'insister sur le fait que ce n'est pas un problème de langue, a priori...