
Doit-on penser, comme l'avait dit Amartya Sen, que l'économie est une
science morale ? La science économique (comme science 'humaine')
a-t-elle un contenu moral
per se, contrairement aux sciences
'dures' ? Si la morale est un choix de ce qui est
bien et de ce qui est
mal, on admettra que la loi de la
gravitation universelle n'est
bien
ni
mal. Pareil pour la division des cellules, ou le théorème de Pythagore. Pourtant en économie,
il est fréquent d'évoquer une raison morale comme justification de tout et n'importe quoi... peut-être encore plus
dès que l'on parle de finance...
Par exemple dans
La
Presse datant de fin septembre, on apprend que «
les lois de l'offre
et de la demande sont malheureusement faussées par le short selling
[...] Pourquoi
permet-on de telles pratiques? Comme vous le savez la très grande
proportion des short sellers ce sont des
spéculateurs
[...] Malheureusement les autorités des marchés font la
sourde oreille devant le gros bon sens d'une telle demande. Leur
argument ? Oui! le «short selling» crée de la
volatilité artificielle, mais l'interdire brimerait le libre jeu de
l'offre et de la demande ».
Bref, la vente à découvert c'est mal, il faudrait l'interdire ! En Europe,
La Tribune ou
Le Monde en ont aussi parler, avec des arguments similaires.

Bruno Rémillard, que j'ai croisé en fin de semaine à un séminaire, me
disait avoir envoyé à La Presse une lettre afin d'apporter des précisions
(réponse écrite avec Nicolas Papageorgiou
), lettre restée pour l'instant sans réponse (et non publiée). Il reprenait en partie des résultats d'
Alexandre Roch qui montrait que l'interdiction de vente à découvert pouvait générer des bulles spéculatives.
Par exemple sur le graphique ci-dessus, emprunté à Alexandre, on a comparé les
valeurs du titre d'
Air China,
échangé à la fois à Shanghai en
bleu (où la vente à
découvert est interdite) mais également à Hong Kong en
rouge (où
la vente à découvert est permise).

Je pense qu'il faudrait regarder plus attentivement pour montrer que le
titre est plus volatile sur le marché où la vente à découvert n'est pas
autorisée. Mais surtout, interdire la vente à découvert signifie
encourager la création de bulles. Je ne suis pas sur que le jeu en
vaille la chandelle....
Comments
quand même, je veux pouvoir me regarder dans le miroir demain matin
Arthur,
Je dois me tromper mais je suis alle sur yahoo finance et les courbes sont inversees.
http://finance.yahoo.com/echarts?s=...
601111.SS titre de shangai
0753.hk titre de HK
dans le graphe que j'ai le prix de HK (ou le decouvert est permis) est plus grand que celui de Shangai ou cela n'est pas permis.
quand la date de depart est apres janvier 2008, la tendance est la mienne.
quand la date de depart est janvier 2007, la tendance est inversee. il semble que le graphe que tu as vient aussi de yahoo et montre des pourcentages de chagement pas des valeurs absolues. C'est embettant, parce que les tendances semble change en fonction du point de depart.
Je dois surement me tromper.
Igor.
Effectivement, les courbes sont surprenantes sur l'animation Yahoo... mais si tu commences au début, en 2006, tu as les mêmes. Je vais regarder pour voir si je peux récupérer les données pour étudier la volatilité.
Et si tu regardes sur tout la période, j'aurais effectivement tendance à croire que le titre à Shanghai est plus volatile.Sinon sur le fond, Alexandre montre que l'interdiction de la vente à découvert peut engendrer des bulles,
http://www.dms.umontreal.ca/~morale...
Mais je vais faire un billet pour étayer ce point. En tous les cas, la bulle est là, et le prix à Shanghai est toujours plus élevé (en excluant peut être les premiers jours ou l'actif était coté sur les deux marchés).
Bonjour,
Je ne peux qu'être d'accord sur la qualite de nos journalistes (ou leur absence?)
Sur le sujet du billet, j'avais lu quelque part, il faut que je le retrouve, que l'intérêt des opérations à découvert était de "borner" les variations à la hausse et à la baisse (vente à découvert et achat à découvert) et d'ainsi de limiter les bulles.
L'auteur citait l'exemple de producteurs agricoles US qui avaient, via lobbying, obtenus l'interdiction de ces ventes à découvert. Ils étaient revenus peu après pour demander leur réintrodutcion, la volatilite ayant explosé (variations de l'ordre de 600 %).
En ce qui concerne le premier commentaire, c'est AMHA aussi un raccourci très journalistique
J'ai honte effectivement, mais comme je l'ai dit dans plusieurs commentaires, je ne sais pas conclure mes billets... essentiellement car je pense que le sujet n'est pas clos: je peux poursuivre par un autre billet (et en l’occurrence c'est le cas puisque j'ai pu retrouver les données) ou continuer le débat dans les commentaires. Mais je me sens obligé de finir par une pauvre phrase à deux sous... Shame on me !
Je voudrais recommander cette page en anglais sur les "spéculateurs" : http://fourmilab.ch/fourmilog/archi... (le reste du site http://www.fourmilab.ch/ est très bon aussi).
L'auteur (John Walker, créateur d'AutoCAD émigré en Suisse) explique que quand un affreux spéculateur s'en met plein les poches (l'acteur bleu dans l'infographie) un autre se mord les doigts d'avoir acheté des actions trop cher (l'acteur vert).
Qu'en pensez-vous : l'acteur vert est-il un spéculateur qui a perdu ?