Mort subite du nourrisson et statistiques
By arthur charpentier on Friday, March 18 2011, 11:47 - risks - Permalink
Suite au cours de statistique de ce matin (et après avoir fait un billet sur l'inutilité des statistiques, ici), un mot sur les dangers des statistiques. Tous ceux qui ont eu un enfant né dans les dix dernières années se sont entendu dire qu'il fallait coucher son enfant sur le dos, sinon on risquait de le tuer (la fameuse mort subite du nourrisson).
- la mort subite du nourrisson
Quand mon fils est né, il hurlait le soir, et le seul moyen de
l'endormir était de le faire dormir sur le ventre. Maintenant que la
troisième est sur le point d'atteindre son premier anniversaire, je
peux l'avouer: on a fait dormir les trois bébés sur le ventre...Bon, je dois avouer que pour le premier, on ne faisait pas les fiers, et on a passé des nuits blanches à se réveiller au moindre bruit. Et je pense que mes premières insomnies remontent à cette époque. Où le moindre bruit suspect me faisait me réveiller... Le soucis avec son premier enfant est que tous les bruits sont suspects. Il commence à respirer un peu fort: on se réveille. Il rempli sa couche: on se réveille. Il ne fait pas un bruit suspect pendant 2 minutes d'affilé: on se réveille. Car je peux aussi avouer qu'en plus de dormir sur le ventre, les trois ont - plus ou moins - dormi dans le lit de leurs parents. Facteur aggravant disent les médecins ! Et depuis toutes ces années je me demande qui a décidé de ces critères, et surtout quels étaient les chiffres. Le nombre de décès est-il vraiment significativement différent quand les bébés dorment sur le ventre et sur le dos ? Car j'aimerais bien voir les statistiques, avec bien entendu des variables de contrôle... Ça peut paraître anecdotique (voir ressembler à une vengeance personnelle pour un paquet de nuits blanches) mais dans ces histoires de mort subite du nourrisson les statisticiens n'ont jamais été neutres.
- Sally Clark et les probabilités
Avec 650 000 naissances par an, avec mes yeux d'actuaire, je parlerais plutôt de période de retour centennale (73 millions sur 650 000 doit être proche de la centaine) pour évoquer ce double décès.
L'argument était relativement simple: si un tel accident (deux décès) est exceptionnellement rare, c'est que ce n'est peut-être pas un accident, et ce sont alors des infanticides. Sauf que pour évaluer - correctement - la probabilité qu'il s'agisse d'un accident, il faut chercher le nombre de fois qu’un événement rarissime se produit dans une population identique (celle de ceux qui ont subi deux décès) et non le nombre de fois qu’il se produit au sein de la population totale (on pourra lire l'article ici sur la récurrence des décès).
Malheureusement, ces deux accidents sont rarissimes, Il est donc difficile de calculer précisément cette probabilité. Et les auteurs du rapport mentionné initialement évoquaient ce point, “when a second SIDS death occurs in the same family, in addition to careful search fo inherited disorder, there must always be a very thorough investigation of the circumstances- though it would be inappropriate to assume maltreatment was always the cause”.
En fait, selon une étude publiée par Stephen Watkins dans le British Medical Journal, “Conviction by mathematical error”, en 2000, la période de retour d'un double décès dans une même famille serait plus proche de 18 mois que de 100 ans (ici). En octobre 2001, la Royal Statistical Society a publié également un communiqué en ce sens (ici).
Pour les amateurs d'open data, il serait agréable que de telles statistiques soient accessibles, non ? Qu'on puisse enfin se faire une idée...







Comments
Pete Donnelly a déjà fait une présentation au TED sur ce cas précisément: http://www.youtube.com/watch?v=kLmz...
Un des points qu'il faisait était tout d'abord qu'on n'était probablement pas en présence d'événements indépendant, donc qu'on serait en erreur de multiplié simplement les deux probabilités. Par la suite, il y avait aussi une erreur d'interprétation dans l'énoncé de l'expert. En effet, 1/73millions n'est pas la probabilité que la mère est innocente de meurtre.
Il est vrai qu'il semble y avoir un manque de données sur le sujet et je serais aussi curieux de voir ce qu'on pourrait extraire des banques ouvertes sur le sujet...
Cet excellent billet va trouver sa place dans mes cours de statistiques ! J'y utilise des métaphores pour évoquer les erreurs de type I et II. Au tribunal, l'erreur de type I est la plus grave (condamner un innocent), mais dans le domaine de la protection de l'enfance, l'erreur de type II (innocenter des parents violents) est plus grave. Le deuxième exemple vient de ce billet :
http://thesociologicalimagination.c...
L'exemple cité dans ce billet combine les deux : tout type d'erreur devient très grave dans ce cas-limite rarissime et presque inextricable. Merci pour l'illustration.
RÉPONSE: merci.... sinon je peux aussi mentionner un vieux billet sur Lucia de Berk (ici).
Votre article est très interessant.
N'étant pas experte en statistiques, je me contenterais de dire qu'il faut avant tout faire confiance à son bon sens quand il s'agit "d'élevage" de bébés et peut-être aux méthodes ancestrales. Il y a 30 ans, il fallait coucher les enfants sur le ventre et introduire les légumes à 3 mois. Aujourd'hui, on les couche sur le dos et on on les allaite pendant 9 mois. Dans 30 ans ???? On revient aux langes bien serrés?
Le danger est que les scientifiques font preuve de trop de certitudes et de peu de modestie quand ils expriment leurs théories. Et les statistiques peuvent difficilement tenir compte de tous les paramètres...
Je n'ai pas lu cet article mais le sujet est revenu récemment en France :
http://www.invs.sante.fr/display/?d...
Three children! How do you find the time to teach and maintain your prolific blogging? You yourself must not sleep which is why your babies were perfectly safe.

RESPONSE: indeed, you get it: I have a lot of insomnia... where I spend usually some time reading, or blogging when I have nothing left to read...
Excellent post
Mon prof de statistiques 1 à l'ENSAE nous a conté la même "anecdote". Les temps ne changent pas....
article interressant, nul n'en doute... Cependant, j'ai perdu ma fille de MSN il y a de cela quelques années et je peux effectivement affirmer que j'ai fais les recherches les plus poussées qu'il soit afin de faire parler les statistiques. La seule et unique chose que j'en conclue aujourd'hui c'est que la mort de ma fille n'entre dans aucune conclusion d'aucune des statitistiques:ce n'etait pas un garçon, elle n'est pas décedée entre 1 et 4 mois, elle ne subissait pas de tabagisme passif, elle n'etait ni enrhumée ni malade, etc... Un seul élément me culpabilise aujourd'hui: elle dormait sur le ventre !!! faire fi des recomandations de l'OMS au nom de claculs scientifiques soi disant erronés ou non fondés ne protegera aucun enfant et nous retrouverons alors les chiffres statistiques affreux des années 70 ou 80 quand 1000 bébés par an mourraient de MSN .