Plus intéressants que les nobels: les ig-nobels
By arthur charpentier on Sunday, October 3 2010, 23:19 - on souffle un peu - Permalink
Samedi, Alessandro Pluchino, Andrea Rapisarda et Cesare Garofalo ont obtenu un des IG nobels (ici, probablement la plus haute distinction scientifique qui soit) pour avoir
proposé une étude numérique du principe de Peter. Comme le notait
Rue89, ils ont fait la "démonstration mathématique que la promotion aléatoire permet de gagner en efficacité dans une entreprise" (là).
- Le principe de Peter
Laurence Peter et Raymond Hull, paru en 1969, et intitulé précisément Peter principle. On y retrouve une formulation connu en management, "avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité". Pour cela, on part de principes très simples, et que tout le monde admettra. Le premier est que quelqu'un de compétent
à un poste est promu (à un niveau supérieur). Le second est que
quelqu'un d'incompétent à un poste n'est pas promu à un niveau
supérieur.Aussi, un employé ne peut pas rester à un poste où il est compétent (puisqu'il est promu) et à la suite des promotions, il devrait finir par atteindre un poste auquel il sera incompétent, il ne recevra plus de promotion, il restera donc indéfiniment à ce poste (pour lequel il est incompétent). Moralité, tous les postes finissent par être occupés par des employés incompétents, et à un instant donné on arrive à la formule lapidaire annonçant que la majorité du travail est effectuée par des salariés n'ayant pas encore atteint leur "seuil d'incompétence".

- Le papier de Pluchino, Rapisarda et Garofalo
Cette stratégie peut aussi se voir comme un stratégie simple: soit on offre une promotion au meilleur, soit on offre une promotion par tirage au sort.... et comme c'est un peu ce qui se passe dans les tournois de soccer (si on pense que s'en remettre au tir au but c'est s'en remettre au hasard) on a un moyen simple pour tester cette théorie....
- Étude sur les matchs de coupe du monde de soccer
| matchs | gagnant | perdant | total |
| au mérite | 46 | 34 | 80 |
| au hasard | 4 | 16 | 20 |
| total | 50 | 50 | 100 |
> M=matrix(c(46,4,34,16),2,2)
> chisq.test(M)
Pearson's Chi-squared test with Yates' continuity correction
data: M
X-squared = 7.5625, df = 1, p-value = 0.00596
Autrement dit, le fait d'être gagnant - ou perdant - à un match (entre les quarts et la finale) dépend fortement de la manière dont on s'est qualifié... Promouvoir en faisant un tirage au sort ne semble donc pas vraiment optimal, l'équipe qualifiée par hasard ne passant souvent pas l'étape suivante...
Mais je suis intéressé par toute analyse sportive de ce principe, donc si quelqu'un a des pistes, je suis preneur ! (car les données ne manquent pas)
Complément: pour les sceptiques, j'ai mis la liste des résultats que j'ai observé (j'ai fait ça un peu rapidement, j'en convient... mais si je me suis trompé une fois, ça ne changera pas les résultats, au pire la p-value passe à 2,45%)
Coupe du monde 2010
(huitième) Paraguay-Japon, Paraguay éliminé au match suivant
(quart) Uruguay-Ghana, Uruguay éliminé au match suivant
Coupe du monde 2006
(huitième) Suisse-Ukraine, Ukraine perd au match suivant
(quart) Allemagne-Argentine, l'Allemagne est éliminé au match suivant
(quart) Angleterre-Portugal, Portugal éliminé au match suivant,
Coupe du monde 2002
(huitième) Espagne-Irlande, Espagne éliminé au match suivant (aux tirs aux buts)
(quart) Espagne-Corée du sud, la Corée perdra en demi finale,
Coupe du monde 1998
(huitième) Argentine-Angleterre, l'Argentine sortira au match suivant
(quart) France-Italie, la France gagne le match suivant (en fait, la France gagnera la coupe du monde)
(demi) Brésil-Pays Bas, le Brésil perdra en finale,
Coupe du monde 1994
(huitième) Bulgarie-Mexique, la Bulgarie gagnera le match suivant, mais s'arrêtera ensuite,
(quart) Roumanie-Suède, la Suède perdra alors en demi finale,
et la finale, mais je ne peux pas la compter...
Coupe du monde 1990
(huitième) Irlande-Roumanie, l'Irlande sortira au tour suivant,
(quart) Argentine-Yougoslavie, l'Argentine gagnera le match suivant (aux tirs aux buts) avant de perdre en finale,
(demi) Italie-Argentine, l'Argentine perdra le match suivant
(demi) Allemagne-Angleterre, l'Allemagne gagnera,
Coupe du monde 1986
(quart) France-Brésil, la France perdra au match suivant
(quart) Allemagne-Mexique, l'Allemagne gagne le match suivant
(quart) Belgique-Espagne, la Belgique perdra le match suivant
Coupe du monde 1982
pas de quart ni de huitième
(demi) Allemagne-France, l'Allemagne perdra au tour d'après.







Comments
Ne faudrait-il pas contrôler par la durée du match du tour précédent ? Les équipes qualifiées au hasard ont forcément les prolongations dans les pattes et auraient un handicap physique pour le tour suivant.
Il faudrait restreindre le groupe des vainqueurs au mérite à ceux qualifiés après prolongation.
REPONDRE: tu as probablement un peu raison.... mais je trouve l'excuse de la durée du match un peu facile... En fait,depuis que j'étudie un peu les matchs de NBA (à des fins professionnels) je me rends compte que les sportifs professionnels peuvent avoir une endurance incroyable: jouer 80 matchs sur une saison, qui dure à peine 5 mois, et ensuite se retrouver pour les playoffs (en forme), avec en plus les transports et le décalage horaire. Ça c'est impressionnant ! Bref, j'aurais tendance à croire que cette histoire que "se reposer 72 heures après 3 heures d'effort c'est trop peu" sert un peu d'excuse facile à des gens dont c'est normalement le métier de courir toute la journée... Mais je n'y connais pas grand chose au soccer, dont je veux bien commencer à collecter les données pour faire une petite étude !
Une analyse sportive rapide liée aussi au thème du foot: est-ce que l'équipe qui entame la session de tirs au buts est avantagée? C'est la question que je me suis posée ici: http://statisfaction.wordpress.com/...
malheureusement les données sont sélectionnées avec un biais, donc le résultat ne tient pas. Si tu as des données avec les bonnes infos, je suis preneur!
REPONSE: je vais creuser ! pour ma part, je bosse sur des sports aux US où ils ont des bases de données colossales, et facilement accessibles ! en tous les cas, je te tiens au courant ! Ivar Ekeland ou Pierre André Chiappori avaient bossé sur le suje des tirs au but il y a longtemps (dans une optique de théorie des jeux, genre faut il plonger à gauche si je sais que l'autre tire souvent à droite, etc...)
La limite que je vois dans cette application au sport est que gagner un match n'est pas vraiment une promotion modifiant le contexte.
Dans une entreprise on est promu à un poste nouveau dans lequel on ne sera pas forcement bon d'après le principe de Peter. Mais dans une coupe du monde les compétences demandées sont les mêmes en huitième de finale qu'en finale : gagner un match. Les atouts du meilleur lui serviront tout du long, sauf accident...
L'étude est intéressante cependant